MAYU HIRANO

lauréate de l'appel à projet Art Zoyd Studios / Quatuor TANA

Le travail de Mayu HIRANO est décrit comme « blitzing energy, a sharply orchestrated work that reveled in punchy rhythmic elements and gradually massaged mercurial into a memorable progression » par le The New York Times et « mystérieuse, se déroulant néanmoins au sein de climats fantasmagoriques et hauts en couleurs, mariant en une osmose quasi parfaite le son et l';image, la rigueur et la densité poétique » dans Diapason.
Son oeuvre est développée avec un langage musical lié à la perception sensorielle, et le système évolutif de la mémoire sensorielle, les effets de seuil de la perception humaine ainsi que l’expérience et la perception du temps dans la sculpture sonique. Son intérêt ne se limite pas au domaine auditif mais aussi au phénomène visuel.
Elle étudie la musicologie au Université Nationale des Beaux-Arts et de la Musique de Tokyo, et la composition au Conservatoire de Boulogne puis à  l’IRCAM Centre Pompidou où elle réalise ses pièces en diptyque, Instant Suspendu et Singularité sur les quelles elle explorent la sensation de temps et la question du moment aussi bien que de l’éternité et du temps suspendu créant une illusion d’éternité qui convoque l’infini temporel par l’étirement de l’instant grâce à l’électronique.

À PROPOS DE MA NOUVELLE PIÈCE

Dans ce quatuor à cordes, je vais chercher à produire une écoute charnelle en travaillant le son de l’instrument et de l’électronique ainsi que les sons des cordes vocales et de la voix. La musique manifeste l’expérience sensorielle et sensuelle avec des couleurs instrumentales en mouvement et des jeux de lumière. Quand on parle de couleur, on pourrait parler tout aussi bien de lumière, des qualités d’ombre et de lumière du son, de la dimension spatiale et son rapport au temps.  En évoquant le toucher - de la peau, du souffle et de la transparence - et le poids de son et de la lumière, je voudrais travailler à créer une ambiance intime et sensible entre le monde du rêve et de la réalité qui se dévoilerait délicatement comme un prisme de lumière qui apparaîtrait, selon l’angle visuel, dans le brouillard.


Spinoza a secoué beaucoup d’incultes… Borges et Leibniz. Borges, c’est un auteur extrêmement savant, qui a beaucoup lu. Il est toujours sur deux trucs: le livre qui n’existe pas… […] Dans Fictions, il y a la nouvelle Le jardin au sentier qui bifurque. Je résume l’histoire et vous gardez dans votre tête le fameux rêve de la Théodicée. Le jardin au sentier qui bifurque, qu’est-ce que c’est? C’est le livre infini, c’est le monde des compossibilités. L’idée du philosophe chinois comme ayant à faire avec le labyrinthe, c’est une idée de contemporains de Leibniz. Ça apparaît en plein XVIIe siècle. Il y a un texte célèbre de Malebranches qui est l’entretien avec le philosophe chinois, il y a des choses très curieuses. Leibniz est fasciné par l’Orient, il cite souvent Confucius. Borges a fait une espèce de copie conforme de Leibniz avec une différence essentielle: pour Leibniz, tous les mondes différents où, tantôt Adam pèche de telle manière, où Adam pèche de telle autre manière, où Adam ne pèche pas du tout, toute cette infinité de mondes, ils s’excluent les uns des autres, ils sont incompossibles les uns avec les autres. Si bien qu’il conserve un principe de disjonction très classique: c’est ou bien ce monde-ci, ou bien un autre. Tandis que Borges met toutes ces séries incompossibles dans le même monde. Ça permet une multiplication des effets. Leibniz n’aurait jamais admis que les incompossibles fassent partie d’un même monde. Pourquoi? J’énonce juste nos deux difficultés: la première, c’est qu’est-ce que c’est qu’une analyse infinie?; et deuxièmement, qu’est-ce que c’est que cette relation d’incompossibilité? Labyrinthe de l’analyse infinie et labyrinthe de la compossibilité.

Gilles Deleuze