In≈ferno

Dramaturgie musicale, corps, arts visuels, théâtre de métamorphoses, librement inspiré de Dante Alighieri

production 2020/2021


Une musique, "Paysages des Enfers" enregistrée dans le coffret Phase V, des envies dont nous avions parlé et notamment celle d'un spectacle total, immersif, violent où la musique pourrait être reine, enfin !!!
Des images, un énorme ventilateur resté au studio, des envies de corps sur scène, de danseurs ? D'instruments acoustiques graves des métaux, des percussions... des vents... Une volonté d'immersion sonore et visuelle forte et comme toujours en filigrane, cette idée de passage, de disparition, de transparence et de double monde....
Gérard Hourbette aimait " les chemins qui menaient ailleurs", il aimait les fausses pistes, les brisures, les illusions et la magie du théâtre, les artifices, si bruyants et magiques,  il aimait aussi K Dick " Je suis vivant et vous êtes morts", mais quel est cet enfer où nous ne savons plus de quel côté nous sommes ?
J'ai confié cette musique à Eric Travers, rencontré au départ dans nos multiples aventures avec le groupe F en le laissant avec les quelques mots qui restaient dans l'ordinateur de Gérard et sa musique...

Monique Hourbette-Vialadieu (juillet 2018) 


Le but de ce projet est aussi d'inventer ou perpétrer (renforcer) une nouvelle forme d'art vivant, entre espaces virtuels interactifs, musique en direct et voix artificielles ou préenregistrées, spatialisation sonore active, performance : figurants – fantômes,  objets déplacés, lumière et ombre.
Enfin le défi sera aussi de tester à quel point l'art du son (la musique) peut être brutal, violent et extrême. Cela posera le problème du public : Y a-t-il encore un public pour la musique quand elle dépasse les normes de la bienséance et du confort ? Et de la signification ? Et quel public ? Où ? Et pourquoi la musique, à l'instar d'autres « écritures », ne pourrait être une représentation d’un monde « difficile » au contraire d’un quelconque « papier peint sonore ».

Gérard Hourbette - Décembre 2017

Par capillarité l’Enfer déborde à la surface du globe. Il afflue, nous enserre. Démons et suppliciés s’échangent et se confondent, cauchemars et prédictions tyrannisent le réel. Pour quelques privilégiés l’excursion aux fondements des enfers reste possible, comme un voyage dans le passé, un sursis.

Peu avant, sans trembler, de s’y rendre en personne, Gérard Hourbette s’est projeté avec appétence dans « In≈ferno », spectacle phénomène, inspiré de Dante. Il en faisait la prochaine création d’Art Zoyd.

Il en a entièrement composé la musique, en quête d’une plongée émotionnelle, d’un spectacle immersif et troublant, selon trois postulats cardinaux : la musique n’est pas l’ornement mais la forge ; l’Enfer est déjà là, si l’on se donne la peine d’anticiper un brin ; le terme renvoie tout autant à l’enfermement temporel dans notre propre corps.

Alors qu’il n’est plus extravagant de penser que l’humanité est vouée à s’immoler dans un jardin d’Eden dévasté, la Comédie de Dante est divinement inspirante. Le commerce qu’entretient obscurément notre substrat biologique avec l’indénombrable nature et l’insaisissable univers fouettera à jamais notre imaginaire. Se projeter dans les méandres ensorcelants de la mystique, le vertige des métamorphoses, l’exégèse des apparitions, reste ou redevient une volupté douloureuse et essentielle.

Entre le théâtre et ces territoires poignants où bataille la lumière, la connivence est totale et intemporelle. Rituel vivace, endroit de controverses, réceptacle d’illusions, expérience sensorielle, c’est dans cette acceptation sacrée du théâtre qu’une telle musique doit prendre vie. L’intrication avec les arts visuels sera substantielle, ainsi qu’Art Zoyd l’a toujours pratiqué.

Théâtre de son, d’incarnation, d’action ; de musique, de matière et de feu, récit allégorique, politique, poétique, risqué, fantasmagorie, opéra simulacre, ainsi se présente « In≈ferno ».

Danseurs augmentés, acteurs transfigurés : ombres, démons et furies émaneront des corps mis en scène. Les diableries naîtront des vérités du plateau. Bien qu’expressionnistes et jaillissantes, les technologies de l’image seront artistiquement fondées et rigoureusement inféodées à la matière théâtrale.

Dante nous transporte par sa force poétique et son impertinence, sa ferveur et son audace alliées, sa détermination à replacer crânement les grands questionnements métaphysiques dans une modernité remuante et accessible. La musique de Gérard y a puisé sa sève, jetant les fondations d’un spectacle incandescent. Rieurs et fiévreux, on explorera cette faille immense jusqu’en Enfer et, qui sait, au-delà.

Eric Travers

In≈ferno
musique Gérard Hourbette
mise en scène Eric Travers
distribution en cours