Art Zoyd & Art Zoyd Studio

Art Zoyd & Art Zoyd Studio Gérard Hourbette – Musique électro-acoustiquestudio[at]artzoyd.net

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Trois rêves non valides – Creation 2013

Trois rêves non valides Inspiré par Philip K. Dick

Tryptique musical pour scénographies d’images de Christian Châtel, Serge Meyer & Pierrick Sorin

Une idée de Gérard Hourbette

Un projet d’Art Zoyd, création 1er semestre 2013

Avec

Yukari Bertocchi-Hamada – clavier, capteurs
Romuald Cabardos : percussion, pads
Daniel Koskowitz : percussion, pads
Nadia Ratsimandresy : ondes Martenot, capteurs
Jérôme Soudan ‘Mimetic’ : percussion, pads

Une production de Art Zoyd en coproduction avec le Phénix Scène Nationale de Valenciennes avec le soutien des fons européens Interreg IV dans le cadre du projet VOX pour les scénographies de Serge Meyer  et Christian Châtel et du projet ESH pour la musique, de la DRAC Nord-Pas de Calais, de la Région Nord-Pas de Calais, du Département du Nord, de l’Agglomération  Valenciennes-Métropole et .de la Ville de Valenciennes

Télécharger le dossier – Trois rêves non valides

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Trois rêves. Trois hantises. Trois surgissements.

Pour fil conducteur : la musique.

Imaginer trois propositions scénographiques radicalement différentes sur la musique de Gérard Hourbette, interprétée en direct par Art Zoyd, liées à lʼunivers désaxé et déroutant, de lʼécrivain américain Philip K. Dick (1928 – 1982) : telle est lʼambition du nouveau projet porté par Art Zoyd.

Le fantasme, la disparition, la distance au réel… ce que lʼon croit tangible… les choses ou les gens qui s’effacent… Autant de thèmes qui ont fait de Philip K. Dick lʼun des auteurs de science-fiction les plus célèbres de la seconde moitié du 20è siècle. Dans des nouvelles telles que Souvenir à vendre ou des romans comme Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (adapté au cinéma sous le titre Blade Runner), Le Maître du Haut Château, Le dieu venu du Centaure ou encore Ubik, Philip K. Dick ne cesse de plonger ses héros dans des mondes aux réalités volatiles, insaisissables et multiples, dans un univers de simulacres et dʼillusions. Rien ne prouve que la réalité telle que nous lʼéprouvons ne soit pas une illusion. Dans ces univers incertains, étranges et déphasés, il est difficile de démêler le vrai du faux, le rêve de la réalité.

Ces thèmes, ces paysages, hantent depuis ses débuts lʼoeuvre musicale de Gérard Hourbette. La référence plus ou moins avouée aux oeuvres de Dick tisse un fil rouge sous-jacent entre de nombreux projets : Simulacres (1976), Cryogenèse – Les portes du futur et Rêve artificiel dans Le mariage du Ciel et de lʼEnfer pour un ballet de Roland Petit (1984), Ubique (2000). Gérard Hourbette sʼempare à nouveau des thèmes de prédilection de Dick pour produire un spectacle immersif. Par ailleurs, depuis plusieurs années, la question de lʼimage est au coeur de ses spectacles, que ce soit dans la création de compositions pour des films ou dans la collaboration avec des vidéastes pour des créations originales.

Trois rêves non valides prend pour point de départ les univers étranges/étrangers de Dick et la collaboration du compositeur avec trois scénographes dʼimages. Il ne sʼagit pas dʼadapter trois nouvelles ou trois romans spécifiques mais plutôt de partir de réminiscences de lʼoeuvre du romancier pour mieux explorer lʼétrangeté de nos propres mondes.

Derrière un tulle, en fond de scène, les musiciens deviennent dʼétranges créatures, mi-réelles mi-fantastiques, oeuvrant dans un laboratoire aux machines hallucinées. A la fois êtres de chair et êtres virtuels, on hésite sur la nature de leur présence. Comme sʼils se transformaient en images dʼeux-mêmes, sous nos yeux incertains. Devant eux, suspendues dans les airs, trois dispositifs inédits font surgir des images, des visions, des rêves.

Les trois rêves sont ceux de trois scénographes et manipulateurs dʼimages – Christian Châtel, Serge Meyer et Pierrick Sorin. Chacun choisit un extrait, une citation, de lʼoeuvre de lʼécrivain. Écrit, projeté ou prononcé, cet extrait est éclairé, dissimulé, amplifié ou détourné. Il est la trame sur laquelle chaque rêve se déploie. Chaque scénographe propose un dispositif scénique qui explore le surgissement du rêve, le surgissement de lʼimage. Pas dʼécran traditionnel, mais une exploration des modes de présence/absence de lʼimage, en utilisant des dispositifs de projection spécifiques (écrans recouverts de phosphore, 3D… ) qui ont un seul et unique objectif : entrer dans le rêve, se laisser submerger par les univers oniriques proposés. Lʼimage nʼest pas ici enfermée dans les contours dʼun écran. Ce faisant, lʼemplacement du musicien, son rôle, ses registres de présence sont également interrogés. Avec trois réponses différentes. Chaque scénographe compose ainsi sa scène (dʼune durée de 20 à 30 mn environ), sa propre structure, sur la musique de Gérard Hourbette.

 

A few questions to GÉRARD HOURBETTE

Comment définiriez vous d’abord ce projet en quelques mots ? Il s’agit d’un concert ? D’un spectacle avec vidéo ?

Je voudrais que ce ne soit pas un « spectacle ». Plutôt une interrogation, et une immersion. J’aime les choses qui immergent, comme la musique par exemple. On « entre » dans un rêve. À partir de là, ce n’est pas moi qui ai les réponses. C’est l’hypothèse de départ, le préalable à « l’action » scénique : une phrase énigmatique peut-être et un monde en suspension porté par les artifices du théâtre ou de la technologie. Je crois à la puissance du « verbe poétique », à la puissance de la musique et à la puissance de l’image… Pas de « mode d’emploi » …

Et dans les outils vous êtes dans le numériques mais plutôt, low ou high tech ?  Dans votre musique mais aussi avec les artistes que vous avez choisis ? Quelle importance cela a-t-il pour vous ?

Je suis « low ». De toute façon, nous sommes tous sommes tous « low », ou nous le deviendrons , même si nous nous targuons de « high ». Bof, en fait, je m’en fous.

Dans le texte de présentation on lit une référence au monde de Philip K Dick, vous y revenez souvent, en quoi vous inspire-t-il ?

Je n’ai pas lu le texte de présentation. Quelle phrase ?, Celle qui dit d’aller « sauter dans l’urinoir pour y chercher de l’or » ?

J’aime lire et régulièrement je relis Dick, c’est toujours pour moi une source « d’images », je crois que ma musique vient de l’image, en tout cas qu’elle en dérive… La littérature de Dick, c’est l’idée que je me fais aussi du monde des villes. Et des vies humaines.

Vous avez déjà une idée de la musique ? Où vous allez la construire avec les scénographes ?

Je n’ai jamais d’idées. Ou bien je crois en avoir. De toute façon, j’efface et je recommence, et parfois je réutilise. Je suis un effaceur et un récupérateur. Difficile en ce cas de dire si j’ai une idée. J’en ai tant que de toute façon, je les effacerai. Je reconstruirai avec les scénographies. Après on verra ?

Vous faites souvent référence à la place des musiciens sur une salle de spectacle ?  Votre musique est très complexe et le groupe tourne autour de 4 ou 5 personnes pouvez vous nous expliquer, votre conception de l’interprétation de votre musique ? Vous avez l’air de dire que la musique pourrait aussi exister sur bande dans ce projet sans musiciens physiquement présents sur scène ?

Non, j’ai juste dit au contraire une fois que j’aimerais, un jour, faire un projet « à voies réelles », c’est à dire. un musicien par « voie », ce qui pourrait impliquer évidemment plus d’une centaine de musiciens et plusieurs chœurs et orchestres dans le lointain, sans compter les fumées et sirènes d’usine, l’autoroute à gauche et le petit clavecin à droite. Bon, je plaisante évidemment. Je ne réfléchis jamais à qui va jouer la musique en train de s’écrire… Je crée tout sur ordis et fais feu de tout bois… Je me pose la question de l’exécution scénique après, même si je connais bien mes musiciens et leurs capacités. Je prépare tous les sons, les phrasés, les événements, je les distribue dans les machines tant que faire se peut, « j’orne » avec l’acoustique, les percussions, les métaux, j’intègre les bruits et les sons, les glissements de ton et de timbres qui sont pour moi comme des glissements de terrain. Puis j’avise. Nous travaillons ensemble avec les musiciens, étroitement. On essaye de réguler et organiser tout ce maelström… On corrige ensemble, modifie, polit…

Comment avez vous choisi les scénographes qui vont travailler avec vous et qu’est ce qui vous intéresse dans leur travail. Vous avez déjà une expérience longue dans le rapport musique image, avec le cinéma muet mais aussi avec la vidéo avec des projets comme «  Le Champ des larmes », « Kaïro », vous attendez quoi de ces trois visons ?

Je ne les ai pas choisis, je les ai rencontrés ou on me les a fait rencontrer, ou quelqu’un m’a dit que je pourrais les rencontrer !

Sérieusement de ce projet, j’attends un passage et une nouvelle étape. Je ne suis jamais satisfait de mes ancien(ne)s « œuvres » ou « travaux » (et c’est certainement tant mieux). Cette fois, je rêve encore plus, comme déjà dit, d’immersion. Pour moi l’art est « immersif ». En tout cas c’est comme cela que je le pense, que je l‘aime et que je voudrais le concevoir. À mon humble avis, c’est important de travailler avec des gens, des artistes, des opinions, des goûts, des arts différents.

J’ai d’abord rencontré Christian Châtel et immédiatement j’ai été pénétré par son univers fait de bric et de broc, utilisant d’anciennes machines : comme de vieux projecteurs de cinéma, tables de montage. Je me sens concerné par sa réflexion sur « l’effacement », le souvenir,  j’aime son travail sur les traces, et donc la perte aussi de ces traces, des souvenirs, du mémoriel ou du sensoriel. Il se sert aussi d’écrans au phosphore qui gardent l’empreinte des corps ou des images, y compris lorsque ces corps ou ces images sont retirés, jusqu’à ce qu’ils disparaissent une seconde fois.

Ça me rappelle « Ubik » de Ph. K. Dick justement, où des personnages se croyant vivants, sont placés en cryogénisation après un décès accidentel, et vivent dans un monde qu’ils croient réels, lequel part peu à peu en lambeaux jusqu’à ce qu’eux mêmes deviennent poussière.

De Serge Meyer, à qui j’ai été récemment présenté, je suis sensible aux concepts, objets et matières pour renouveler les espaces de projections, inversant le sentiment de haut ou de bas, effaçant le sol. Sa proposition de projeter sur un mobile fait de milliers de boules figurant des pixels m’intéresse au plus haut point.  Il s’agit toujours quand je rencontre un artiste de confrontations enrichissantes humainement et intellectuellement. Ces collaborations me semblent d’autant évidentes. Ainsi dans le cas de Serge Meyer, je sais déjà que nos préoccupations sur l’espace scénique, la présence humaine, le vertige, se rejoignent.

Enfin, je suis extrêmement impatient et curieux de travailler avec Pierrick Sorin que je connais depuis longtemps. Je suis doublement enthousiaste, parce que j’aime son travail qui flirte avec le saugrenu, l’humour décalé et les artifices, et par conséquent, parce que je pense qu’il pourra s’emparer de cet « projet dickien » et y amener une patte toute personnelle et dérangeante. N’est-il pas aussi manipulateur d’univers… ?

Vous n’avez pas peur que le public soit perdu, perde le fil ? Où va se placer l’unité ?

Quelle unité ? Vous voulez parler de  « l’harmonie du monde », de « l’harmonie du théâtre » ? Pour moi, il n’y a que l’harmonie du « désastre ». Du chaos naît l’incandescence; et un monde ne se recrée que sur les reliefs d’un autre. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas « le sens », ni « le fil ». Le vrai « fil » c’est celui qu’on perd, ou qu’on a perdu depuis longtemps. (Rires) Bon, disons que la musique sera le fil et l’unité ?

Vous parlez souvent de bascule quand vous décrivez vos spectacles, de surprendre le public, c’est important pour vous ?

Oui. Euh… non. Bon oui, j’adore les bascules. Le monde est fait de bascules, de tremblements, de coups et d’à-coups. Je n’aime pas – en ce que j’écris – ce qui est trop lisse et facile. Le monde n’est ni lisse ni facile. En tout cas, c’est mon avis. Ce qui m’intéresse dans l’art c’est cette représentation symbolique des mondes que nous pressentons plus que nous vivons. Des mondes en déséquilibre. Si ce n’était pas le cas, je veux dire si je me trompais : que la place de l’art est de lisser, consoler, calmer et emplir de beauté et de sérénité, je crois que je préfèrerais m’abstenir car je suis incapable d’égaler, même à cent mille kilomètres, des Josquin, Morales ou autres, qui apportent tant d’harmonie et de perfection.

Quelle est la vison du spectacle que vous rêvez de créer ? Et que vient-on chercher au spectacle d’après vous aujourd’hui ? Quels sont vos créateurs préférés ?

Un spectacle où on ne se croirait pas au spectacle, ça serait bien, non ? Je disais que je n’étais pas intéressé par le « sens » dans un spectacle, ou pour qui le regarde… Pourtant c’est bien le « sens » qu’on cherche tous. Ne pas en donner, c’est quelque part le rechercher. Moi aussi, je cherche le « sens ». Mes auteurs préférés, sont ceux qui cherchent le « sens ». Je ne citerais personne car j’aime trop de monde. Et puis j’en oublierais. Et puis ce dossier serait d’ailleurs quinze mille fois trop long. Mais j’aime autant d’écrivains que de compositeurs ou cinéastes, et aussi des peintres, architectes, (…) ! Mais aussi les gens. Les gens m’émeuvent. Mais pas seulement les gens.

Vous souhaitez présenter ce spectacle à l’étranger aussi ?

Voulez dire chez les martiens ?
Ou vous voulez rire ?/strong